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Comment devient-on un responsable mennonite? Le point de vue d'un Ethiopien Phyllis Pellman Good
Songez que le président de la CMM a grandi dans une famille qui pratiquait le confucianisme et l'adoration des ancêtres, et ... que le vice-président de la CMM a été élevé pour devenir un bon musulman! Comment devient-on un responsable dans le monde mennonite d'aujourd'hui? Apparemment, ce n'est pas la longueur -- ou l'enchevêtrement -- de ses racines dans un arbre généalogique mennonite qui est déterminante ...
Bedru Hussein, originaire d'Ethiopie, et depuis quatre ans vice-préident de la CMM, a trois qualités remarquables: une impassibilité presque inaltérable, des convictions profondes concernant la direction de l'église et une conversion qu'on pourrait être tenté de qualifier d'accident.
"Mes parents étaient des musulmans ardents" explique t-il. Bien sûr, ils l'élevèrent pour qu'il le devienne aussi. D'eux, d a appris que ce que l'on croyait devait être mis en pratique. "Mes parents étaient très pieux; tous les mois, ils organisaient des réunions religieuses à la maison."
Pensant que leur fils, qui avait alors cinq ans, était solidement enraciné dans sa foi musulmane, les parents de Bedru l'envoyèrent dans une école tenue par des prêtres orthodoxe afin qu'une reçoive une excellente éducation. "La, on m'a appris le Notre Père et les Dix Commandements." Entre son éducation musulmane et ses premiers contacts avec le christianisme, Bedru se souvient: "J'ai commencé à avoir envie de remercier Dieu. Et j'entendais comme une petite voix qui me disait d'observer les Dix Commandements."
Un jour, dans la cour de récréation, des petits bouts de papiers atterrirent aux pieds de Bedru, qui avait alors 13 ans. Un de ces morceaux de papiers déchirés attira particulièrement son attention. "Dessus était écrit une partie de l'histoire du jeune homme riche. J'ai commencé à me demander qui était Jésus. Mes camarades de classe essayèrent de m'expliquer beaucoup de choses, mais ils n'arrivaient pas à me répondre de façon satisfaisante."
En dépit du mécontentement de sa famille, Bedru continua à essayer de satisfaire sa curiosité concernant le christianisme. La projection d'un film de Billy Graham, ainsi que l'équivalent d'un Groupe Biblique Universitaire, l'amenèrent à confesser la foi chrétienne en 1966, alors qu'il avait 18 ans.
"Je faisais partie du mouvement de renouveau éthiopien; à cette èpoque, le Seigneur attirait à lui beaucoup de chrétiens. Mais il y avait aussi des étudiants qui formèrent un groupe communiste. Et ces deux mouvements se développèrent simultanément."
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De'couvrir des évangélistes
Parmi les nombreux cours proposés par Meserete Kristos College, le cours intitulé "Un an pour le Christ" permet de se préparer au travail missionnaire. Après une session de 6 semaines sur le campus, les étudiants se rendent dans différentes églises pour accomplir un service volontaire d'un an pour le Seigneur, en tant qu'évangéliste.
"C'est une année d'apprentissage, après laquelle le ministère est évalué, et si les dons sont confirmés et que les efforts portent des fruits, les candidats seront nommés évangélistes à temps plein. S'ils portent peu de fruits, et que leurs dons semblent ailleurs, ils continuent à chercher leur voie." (Lettre de Nouvelles de Meserete Kristos College, mars 2001)
Bedru précise que plus de 300 jeunes ont déjà suivi cette formation, et que plus des trois quarts d'entre eux sont maintenant au service de l'église.
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Une conception dynarmque de l'exercice de l'autorité
Dès le début de son engagement dans l'Eglise chrétienne, Bedru et ses compatriotes chrétiens réalisèrent que le travail de l'église ne pouvait reposer uniquement sur quelques hommes d'élite. Il y avait trop de demandes, trop de besoins, trop d'attentes ... Les campus universitaires, lieux oò l'intérêt pour une nouvelle façon de vivre était intense, avaient besoin d'enseignants. Mais dans tout le pays aussi, on réclamait des enseignants, car l'Eglise grandissait et s'étendait. "Quand les étudiants retournaient chez eux, ils avaient besoin d'églises prêtes à les accueillir" observe Bedru.
Depuis, l'enseignement chrétien est devenu son fardeau personnel. "Une seule personne ne peut avoir tous les dons pastoraux", déclare t-il. "La seule façon u une église de grandir est d'impliquer tous ses membres." La formation des membres de l'église da pas été lassée au hasard chez les mennonites éthiopiens, auxquels Bedru s'est joint, après avoir été professeur dans un lycée mennonite en 1976.
Il a été professeur de biologie pendant six ans dans cette école, puis il commença a enseigner l'apologétique. Par ce lien entre activités professionnelles et religieuses, Bedru a créé un idéal qui est devenu le signe distinctif de Meserete Kristos Church (MKC). "Les membres participent à tous les domaines de la vie de l'église. Où qu'un membre de MKC aille, il ou elle devient un responsable", explique Bedru. "Cela fait partie de notre culture d'église."
"Nous croyons à la direction collégiale. Et nous croyons qu'il faut libérer les membres: ils sont tous prêtres; chacun a un don."
Cependant, l'exercice de ces dons n'est pas laissé au hasard. Un système minutieux a été mis en place pour orienter les membres vets les domaines où ils seront les plus utiles. Bedru, qui reconnaît que ses dons personnels et son expérience concernent surtout l'enseignement et le travail administratif, a aidé à mettre au point des méthodes qui permettent d'amener chaque personne à exercer des responsabilités particulières dans l'église.
Il a ensuite été secrétaire exécutif de Meserete Kristos Church pendant sept ans. Cette expérience lui a fait prendre conscience du besoin criant de pasteurs et de responsables bien formés. En 1994, à une quarantaine de kilomètres d'Addis-Abeba, "Meserete Kristos College" ouvrit ses portes. Aujourd'hui, on y enseigne la théologie; les cours sont particulièrement destinés aux pasteurs et aux évangélistes. L'université projette de dispenser des cours non religieux, comme la gestion de entreprises, l'informatique, la pharmacologie etc.
La création d'une université de cette importance encouragea Bedru lui-même à retourner sur les bancs de l'école, cette fois en Amérique du Nord. En automne 97, il dit au revoir à sa femme, Kelemework Belete, et à ses quatre jeunes enfants, et s'inscrivit à Eastern Mennonite Seminary. "Ces trois ans d'études m'aidèrent à organiser ma pensée sous forme de concepts; c'est-à-dire aller de l'avant, mais en regardant autour de moi. Je voulais apprendre des méthodes théologiques et compléter ce que j'avais appris dans l'église."
Bedru est maintenant de retour en Ethiopie, nommé Principal associé de Meserete Kristos College, et donne des cours sur la direction de l'église, l'administration et la missiologie.
Les responsables d'église qui quittent leur pays pour se former dans une autre culture, doivent se réadapter quand ils retournent chez eux (ainsi que leur communauté). Pendant ses études aux USA, Bedru rentrait tous les étés en Ethiopie, et téléphonait régulièrement à sa famille. Mais les tensions ne peuvent être complètement évitées. "Certaines personnes sont un peu méfiantes, elles se demandent si mes études ne m'ont pas rendu libéral. Mais mes convictions sont restées les mêmes, c'est mon approche qui est un peu différente", commente t-il.
Les Mennonites éthiopiens forment aussi d'autres chrétiens
L'Université a été remarquée par d'autres dénominations chrétiennes. "Nous avons des étudiants appartenant au mouvement du renouveau copte orthodoxe", dit Bedru. "Nous les formons pour qu'ils puissent retourner dans leur église." Mais MK College ne dissimule pas ses particularités. "Nous prenons position en faveur de la paix. Et cela fait partie de l'enseignement dispensé à tous. Mais nous ne cherchons pas à les attirer chez nous. Au contraire, nous insistons pour que les responsables restent dans leur Eglise. Nous ne voulons pas que l'Eglise éthiopienne entière devienne MKC!"
Il dit qu'il existe un certain relâchement chez les membres d'église de MKC, et que les responsables essaient d'être plus strictes sur l'engagement régulier des membres.
Les années que Bedru a passées aux USA lui ont donné une bonne connaissance des églises anabaptistes-mennonites nord-américaines. Il trouve qu'elles sont assez individualistes, mais aussi pluralistes: "Certaines personnes semblent penser que suivre Jésus, ce n'est qu'une option parmi d'autres. La responsabilité de l'église pèse lourdement sur les épaules des pasteurs. Tout le monde est trop occupé pour développer des relations. Les pasteurs sont toujours sur la brèche; les membres veulent toujours quelque chose de nouveau! Il semble quelquefois qu'ils aimeraient avoir des animateurs plutôt que des enseignants rigoureux ..."
La responsabilité pardculière au pasteur
Il parte doucement, mais avec conviction, des meilleurs moyens à employer pour que l'Eglise puisse accomplir sa mission. "Je crois que le Seigneur a donné des personnes aux églises, et toutes ont un don nécessaire. Un pasteur ne peut les avoir tous, mais un Pasteur peut mobiliser ces dons. Les pasteurs devraient se présenter devant Dieu, lui demander son discernement pour savoir qui peut exercer des responsabilités, passer du temps avec ces personnes, étudier la Bible avec elles et les former, jeûner et prier avec elles, et enfin impliquer tout le monde dans la vie d'église. Les pasteurs aussi devraient encourager les membres à vivre du Saint-Esprit."
Ce dirigeant éthiopien explique l'énergie et l'audace de sa foi par le baptême du Saint-Esprit. Mais il raisonne aussi comme un cadre d'entreprise. "Trop souvent, il n'y a pas de lien entre l'enseignement universitaire et les assemblées. Certains n'ont pas reçu d'appel, mais vont à l'université, ils ne savent pas citer les écritures, mais ils ont des capacités intellectuelles. Pour quelques-uns, c'est même une profession. Ils se mettent sur le marché."
"Si les églises veulent croître, il leur faut guider leurs jeunes: leur rendre visite quand ils partent étudier ou travailler, créer des liens avec eux et leur demander d'exercer des responsabilités."
Cette stratégie paraît efficace. "La majorité des membres sont des jeunes. Nous attirons beaucoup d'étudiants. Nous avons un ministère à Addis-Abeba en faveur des membres qui sont à l'université. Chaque année, 30 à 40 étudiants deviennent des responsables d'églises."
Une proposition pratique
Quand il n'est pas plongé dans des stratégies pédagogiques, Bedru rêve que les églises anabaptistes-mennonites dispersées autour du globe développent des échanges profonds. "Pourquoi n'aurions-nous pas des universités où les anabaptistes-mennonites de l'hémisphère sud et de l'hémisphère nord étudieraient ensemble une théologie pratique -- vivant, travaillant, étudiant, priant ensemble ...? Une telle formation permettrait de garder une identité anabaptiste bien définie."
"Pourquoi des professeurs de séminaires nord-américains n'iraient-ils quelques mois dans des centres de formation satellites? Cela serait bon aussi pour leur enseignement . . ."
"Nous espérons que notre université biblique pourra accepter des étudiants d'Amérique du Nord. J'essaie aussi d'organiser la venue de professeurs de Eastern Mennonite Seminary (USA) en Ethiopie pendant leur année sabbatique."
"Nous avons besoin du Nord, et le Nord a besoin du Sud. Bien sûr, nous nous rencontrons lors de grands rassemblements, mais ce qui change notre comportement, c'est de faire quelque chose ensemble. Cela renforce vraiment les liens de part et d'autre."
Une discipline rigoureuse
Comment Bedru peut-il maintenir son énergie et sa foi à un tel niveau, alors que les ressources sont tellement en retard sur les besoins en Ethiopie? Ceux qui ont partagé leur chambre avec lui, lots de réunions de la CMM, parlent de sa discipline rigoureuse: il se lève très tôt chaque matin pour passer plusieurs heures dans la prière. "Je prends le temps de prier et de lire la Bible seul chaque matin et chaque soir", dit-il simplement. "Presque chaque iour, je reçois une parole du Seigneur pour ma journée."
Les mennonites éthiopiens (et notre famille anabaptiste-mennonite entière), sont privilégiés d'avoir Bedru; Bedru avec sa vision mondiale et sa passion pour tous les membres de l'Eglise ...
Phyllis Pellman Good de Lancaster, Pennsylvanie, U.S.A. est rédactrice assistante de Courrier.
Première photo: Wayne Mark Thomas
Deuxième photo: Laurie Oswald
Troisième photo: MWC photo/Merle Good.
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