MWC Logo courrier
Une publication trimestrielle de la Conférence Mennonite Mondiale
Premier trimestre 2002, Volume 17, Numéro 1
Home

Who is MWC?

Councils

Networks & Projects

News & Testimony

Publications

World Assembly: Africa 2003

World Directory

Site Map

How can you participate?

Que doit faire l'Eglise à propos du SIDA ?
Les Frères en Christ du Zimbabwe regardent le problème en face
Doris Dube

     Jadis, au Zimbabwe, quand on apprenait que quelqu'un était mort, on demandait : "Qu'est-ce qui s'est passé ? De quoi est-il mort ?" Maintenant on ne demande plus. La mort est devenue habituelle, et pourtant aujourd'hui, il vaut mieux ne rien demander. De cette façon, les familles peuvent préserver leur vie privée et leur dignité.
     Autrefois, les enterrements n'avaient lieu que certains jours de la semaine, et seulement le matin. Maintenant quand on va au cimetière, on voit des groupes de personnes endeuillées un peu partout. Il y a des enterrements toute la journée, chaque jour de la semaine, même le dimanche... C'est sans doute, selon ce que nous disent les statistiques, parce qu'environ 3 000 personnes par semaine meurent du SIDA dans notre pays. Jamais aucune épidémie n'a fait tant de ravages ni n'a duré si longtemps.
     A Harare, le terrain qui devait servir de cimetière pour très longtemps est déjà à moitié plein. A Bulawayo, un cimetière qui a servi pour la première fois il y a moins de quatre ans est presque plein. Dans tout le pays, la terre ne cesse d'accueillir des corps. Dans les régions rurales, les villageois montraient leur respect pour les morts en ne travaillant pas la terre depuis la veillée funèbre jusqu'au jour de l'enterrement. Maintenant les paysans n'arrêtent de travailler que pendant le temps de l'enterrement; la vie se poursuit comme d'habitude. Dans notre culture, nous ne parlons pas de crémation, mais, c'est sans doute un mot qu'il va nous falloir apprendre bientôt.
     Il y a quelques mois, le médecin de district pour Gwanda, le Dc Iddolor, nous confirma les informations selon lesquelles 24,5 millions de personnes vivant dans les régions sub-sahariennes étaient touchées par le virus du SIDA (VIH). Dans les hôpitaux, 60 à 70 % des lits sont occupés par des malades du SIDA. Le secrétaire d'Etat à la santé, le Dc David Parirenyatwa, déclara que 90 % des patients de la plupart des hôpitaux étaient séropositifs. Près de Mtshabezi, à l'hôpital de Gwanda, 33 % des femmes enceintes sont testées séropositives. Les mêmes examens faits à Beit Breidge, une ville frontalière de l'Afrique du Sud, révèlent que 40 % des femmes sont contaminées. En septembre, les statistiques faites à Hwange, une ville minière, révélèrent que 31,7 % de tous les décès enregistrés à l'hôpital de la mine depuis janvier, étaient liés au SIDA. Tous ces chiffres, qui figurent dans les quotidiens locaux, nous rappellent chaque jour que nous vivons des temps très difficiles.
     L'Eglise a mis du temps à se lancer dans la bataille parce que le SIDA était associé à la promiscuité sexuelle. Maintenant, beaucoup comprennent leur erreur et font tout ce qu'ils peuvent pour la corriger. L'Eglise des Frères en Christ (BIC) du Zimbabwe a mis en place le service “Conscientisation et Education sur le SIDA”. Les activités se déroulent principalement à l'hôpital de Mtshabezil, près de la ville de Gwanda, et s'exercent dans quatre domaines.
     L'accent est mis sur le fait que le VIH constitue une menace pour l'humanité. Chaque fois que c'est possible, un enseignement est dispensé aux jeunes, aux hommes, aux femmes, et aux enfants des écoles. Dans les médias, les estimations montrent que l'infection progresse de jour en jour, aussi l'information reste une priorité. Dans les écoles, le gouvernement a mis cette question au programme scolaire. Les hommes comme les femmes la font figurer dans chacune de leurs réunions. Les jeunes qui quittent l'école vont dans des clubs où l'information est apportée par l'intermédiaire de jeux et de théâtre. Des projets sont à l'étude pour aider les jeunes à se former afin que, lorsqu'ils deviennent orphelins, ils puissent démarrer des Projets Générateurs de Revenus.
     Les hôpitaux ne peuvent plus faire face au nombre croissant de malades, aussi beaucoup d'entre eux sont renvoyés chez eux pour y mourir. Leur famille s'occupe d'eux avec l'aide du service de soins à domicile. Cette action repose sur une équipe de volontaires qui donnent de leur temps pour rendre visite, encourager et s'occuper des malades à domicile. Ils doivent souvent couvrir de longues distances pour aller chez les patients qui leur sont confiés. Très souvent, ils emportent un peu de leur propre nourriture parce qu'on ne peut pas se rendre chez un patient les mains vides. Le Mennonite Central Committee (MCC) et Canadian International Development Agency accordent des subventions à l'Eglise des Frères en Christ, pour lui permettre de fournir du matériel médical aux familles des malades, afin qu'elles puissent mieux les soigner et éviter les risques d'infection.
     Les orphelins sont la conséquence inévitable de la pandémie. L'Eglise travaille à recueillir des données afin d'avoir des chiffres précis sur le nombre d'orphelins parmi ses membres pour pouvoir s'en occuper. Il faut payer leurs frais de scolarité, leurs uniformes, des vêtements chauds pour l'hiver, et même dans certains cas, leur nourriture.
     La plupart des personnes qui luttent contre le SIDA affirment qu'à la mort du père et de la mère, il n'est pas bon de séparer les enfants en les envoyant chez divers membres de leur famille. Il vaut mieux qu'ils restent dans leur propre maison, et qu'un parent vienne vivre avec eux dans leur environnement familier. Certains orphelins abandonnent leurs études et se retrouvent chefs de famille, alors qu'ils sont mineurs et incapables de s'occuper de leurs frères et soeurs. Certains d'entre eux reçoivent une formation pour pouvoir commencer un Projet Générateur de Revenus.
     Les personnes atteintes par le SIDA vivent parmi nous. Elles ont besoin de nous. Elles ont besoin de notre amitié et de savoir que leur famille sera prise en charge quand elles seront parties.
     Chaque année, les églises BIC font figurer des activités concernant la famille dans leur calendrier. Cette année, plusieurs assemblées profitèrent de cette occasion pour sensibiliser leurs membres sur le SIDA. L'assemblée de l'Eglise Centrale à Bulawayo a invité Dumisani Nkomo, un chrétien qui vit avec le virus du SIDA depuis 10 ans, à venir parler. Dumisani s'est donné pour mission d'avertir les personnes saines et d'encourager les malades à vivre positivement. Il nous a parlé à coeur ouvert, et beaucoup se sont sentis appelés à soigner et soutenir les malades.
     Même dans l'Eglise, très peu de familles ont échappé au fléau du SIDA. Nous continuons à espérer que cette souffrance prendra fin. Maintenant, pour nous c'est la nuit. Mais après la nuit viendra le jour et nous nous réjouirons...

Doris Dube, de Bulawayo, Zimbabwe, est rédactrice régionale pour l'Afrique.


Courrier Menu Questions? MWC Information E-mail
Site problems? MWC Webmaster E-mail