Evangélisation ou témoignage pour la paix ?
Merle Good
Dix ans ont passé depuis que les baptistes et les mennonites se sont assis à la même table pour engager des discussions bilatérales. Ont-ils quelque chose à apprendre les uns des autres ? Et quoi ? Dans quels domaines pourraient-ils s'encourager ?
Une conférence sur "Evangélisation et Témoignage de Paix de l'Eglise" s'est tenue à Eastern Mennonite College du 10 au 12 janvier 2002. Environ 85 personnes étaient présentes à cet événement co-organisé par la Conférence Mennonite Mondiale et l'Alliance Baptiste Mondiale. Deux tiers environ étaient mennonites, et seulement trois ou quatre d'entre eux n'étaient pas originaires d'Amérique du Nord.
Plusieurs convictions communes émergent de l'ensemble : 1) un soutien de la notion d'"Eglise de Croyants" ; 2) l'importance de la christologie ; 3) le sentiment que l'histoire des origines communes de ces deux groupes devraient être approfondies.
Mais les contrastes étaient plus prononcés. La taille par exemple : bien que le mouvement baptiste soit plus récent, les baptistes sont presque 50 fois plus nombreux que les mennonites. Certains participants se demandèrent pourquoi : ce phénomène était-il en fait lié au thème de la conférence ? Les mennonites arrivaient-ils moins bien à attirer les non-chrétiens dans leurs églises ? Ou bien l'idéal du discipulat et du travail pour la paix était-il trop intimidant pour les personnes en recherche ?
"La conversion personnelle" et le "baptême" constituaient les deux thèmes récurrents dans les présentations des orateurs baptistes et "la paix" et "la réconciliation" ceux qui revenaient le plus souvent chez les mennonites.
Plusieurs orateurs baptistes racontèrent des histoires poignantes sur leur propre conversion à Jésus-Christ; aucun mennonite n'en raconta. Des orateurs mennonites parlèrent de leur engagement (quelquefois spectaculaire) en faveur de la paix, la réconciliation et la justice; seulement un ou deux baptistes le firent.
"Les baptistes ont fait de l'évangélisation leur priorité", remarqua un baptiste citant un mennonite, "et les mennonites ont privilégié le second commandement qui est d'aimer son prochain."
"Les baptistes sont de bons obstétriciens, mais de mauvais pédiatres", remarqua Denton Lotz, secrétaire général de l'Alliance Baptiste Mondiale. Larry Miller, secrétaire général de la CMM, répondit en suggérant que les mennonites devraient apprendre des baptistes en ce qui concerne la mission et l'évangélisation. "Bien des mennonites ont l'esprit missionnaire. Alors, en quoi sommesnous différents ?"
Pendant la durée de la conférence, les deux groupes firent des suggestions pour s'encourager réciproquement. Plusieurs remarquèrent que les baptistes et les mennonites avaient étroitement collaboré en Union Soviétique et continuent aujourd'hui, après leur émigration en Allemagne. Dans les pays où les chrétiens sont minoritaires, les baptistes et les mennonites ont souvent eu des relations étroites.
Personne n'a proposé de créer des structures formelles, mais plutôt de continuer occasionnellement des discussions bilatérales qui permettent une meilleure compréhension. "Nous ne cherchons pas à nous convertir les uns les autres" dit Larry Miller, "mais nous apprenons à mieux nous connaître."
Vers la fin de la conférence, il y eut deux moments émouvants. Un responsable baptiste dit aux mennonites qu'ils devraient prendre garde que leur témoignage pour la paix ne devienne unilatéral. "Les nôtres ont beaucoup, et longtemps, souffert en Union Soviétique à cause de la répression exercée par ce gouvernement", dit-il "et les mennonites se sont fort peu exprimés contre les horreurs du goulag. Vous auriez dû le faire."
Peu après, un responsable mennonite se leva et confessa d'une voix empreinte d'émotion : "J'ai été très touché par vos témoignages de conversion. J'aimerais avoir vécu une telle conversion et avoir cette assurance du salut." Puis il ajouta en soupirant, "Ce que je ne comprends pas, c'est que souvent ce sont les personnes ou les groupes qui professent une telle expérience de conversion qui se révèlent les chrétiens les plus hostiles en ce qui concerne la paix et la justice. Pourquoi donc ?"
Ces deux interventions témoignent du besoin de ces deux groupes de poursuivre leur conversation...
Merle Good est consultant en communication pour la CMM