Voyage inoubliable au Congo : la paix au coeur de l’Eglise
Les Eglises mennonites de la République Démocratique du Congo ont chaleureusement accueilli la visite pastorale de responsables de la CMM, fin septembre 2001. La délégation se composait de Mesach Krisetya, président de la CMM et son
épouse Miriam, d'Indonésie, et de Larry Miller, secrétaire général de la CMM et son épouse Eleanor, de France.
Au Congo, où vit le deuxième plus grand groupe de mennonites dans le monde, ceux-ci se répartissent en trois unions d'églises: la CEM (Communauté Evangélique Mennonite), la CMCO (Communauté Mennonite au Congo) et la CEFMC (Communauté des Eglises de Frères Mennonites au Congo), dont les centres se trouvent respectivement à Mbuji Mayi, Tshikapa et Kikwit. L'équipe de la CMM y est allée, et a visité des églises locales, des écoles, des hôpitaux et des bureaux. Mesach et Larry ont pris la parole, souvent de manière improvisée, dans de grands rassemblements et ont prêché plusieurs fois lors de cultes. Les deux couples furent logés dans des maisons, et ont eux-mêmes accueilli des visiteurs dans les locaux d'une église où ils logeaient.
Ils furent accueillis partout avec enthousiasme, depuis l'aéroport de Kinshasa, où les trois secrétaires généraux des unions d'églises et le président du Comité National Inter-Mennonite (CONIM) les attendaient. Les jours suivants, les responsables congolais voyagèrent ensemble pour la première fois pour visiter leurs centres, accompagnés de la délégation de la CMM.
“Ceux qui n'ont jamais vécu un accueil congolais ne savent pas ce qu'ils manquent !” dit Eleanor. Il y avait des processions, des orchestres, des chants et des danses, des gens agitaient des branches de palmiers et des enfants les acclamaient. Des
femmes vêtues de robes flamboyantes et des officiels en costume les accueillaient avec des poignées de mains et des embrassades. Des
cortèges de voitures les transportaient des aéroports vers les églises.
“Ces effusions de joie, cette hospitalité et ce sens du partage, malgré la grande misère et les épreuves personnelles, nous ont profondement émus”, déclare Eleanor.
Les missionnaires ont souvent proposé à ce peuple “un paradis à venir”, observe Mesach, “alors qu'aujourd'hui
le paradis est encore bien loin de leur réalité quotidienne.” L'infrastructure en ruine crée un sentiment d'isolement. Les églises, les écoles ou les hôpitaux équipés très sommairement se trouvent souvent dans des endroits reculés et n'ont parfois plus de toit ; les bibliothèques d'universités ont peu de livres ; les pasteurs ne sont pas payés ; le logement est insuffisant et les revenus sont maigres. Dans de nombreuses familles, un jour ce
sont les adultes qui mangent et le lendemain, les enfants.
Alors que leur monde s'écroule autour d'eux, les mennonites congolais trouvent la vie dans leur église. Les femmes, qui sont majoritaires dans les églises, font preuve d'une énergie et d'une créativité incroyables. Elles furent les premières à encourager les unions d'églises à travailler ensemble. Elles sont toujours plus nombreuses à suivre une formation théologique. Elles enseignent et dirigent des
groupes, mais elles n'ont pas de place dans les structures de l'église. C'est l'une de leurs grandes préoccupations.
L'équipe de la CMM fut frappée par l'importance que les mennonites congolais accordent à la question de la
paix, une conviction amplifiée encore par leur expérience de la guerre et de la souffrance. Après le 11 septembre, ils tinrent des réunions de prière qui duraient toute la nuit, pour soutenir les Américains et prier qu'ils trouvent le courage de ne pas répondre par la guerre. Il aura fallu deux ans pour que les Miller et les Krisetya obtiennent les documents nécessaires pour aller dans ce pays déchiré par la guerre.
Parfois ils ont attendu des avions qui ne sont jamais arrivés, d'autres fois, ils ont pris des avions cargos sans
ceintures pour les passagers, juchés sur des bancs audessus du fret.Un voyage de 180 km en Land-Rover a pris 12 heures (avec 17 arrêts à des postes de contrôles de l'armée !) sur des routes qui ressemblaient à des rivières ou sur des pistes que seuls les chauffeurs de la région pouvaient
voir. Mais il y eut aussi des fêtes, des cérémonies et des rencontres avec des personnages incroyables.
La rencontre avec la mère de Pakisa Tshimika, l'un des membres du personnel de la CMM, a constitué un
"moment saint". Cette femme animée d'une foi profonde a su garder sa famille à travers de nombreuses épreuves. Elle s'excusa de ne pas avoir de nourriture à offrir mais demanda de prier avec ses invités de la CMM, parce qu'ils "faisaient partie de la famille".
Les mennonites congolais n'ont plus besoin de missionaires de l'étranger ; les leurs sont compétents et comprennent mieux leur culture, pense Mesach. Ils ont cependant besoin d'aide pour former des responsables d'églises et pour diriger des entreprises qui réussissent. Ils ont aussi besoin d'être reconnus comme des partenaires à part entière dans la mission de Dieu pour le monde. Ferne Burkhardt